OBSERVATOIRE DU MILIEU LITTÉRAIRE

Journées Professionnelles 2019-2020

1ère Journée professionnelle franco-luxembourgeoise : les enjeux transfrontaliers de la filière du livre.
Observatoire du milieu littéraire franco-luxembourgeois (Obslit), 7 mars 2019.

C’est au Luxembourg, dans le bel écrin de l’abbaye de Neumünster, que s’était tenue le 7 mars 2019, la première journée professionnelle consacrée aux enjeux transfrontaliers de la filière livre, à l’occasion de la création de l’observatoire du milieu littéraire franco-luxembourgeois (Obslit) impulsée par le CREM (Centre de Recherche sur les Médiations, Université de Lorraine) et IPSE (Identités. Politiques,Sociétés, Espaces, Université du Luxembourg) avec le soutien des ministères de la Culture français et luxembourgeois.

Articulée en deux temps la manifestation nourrissait plusieurs objectifs. En faisant dialoguer institutions, professionnels du monde du livre, scientifiques et grand public, il s’agissait en premier lieu d’approcher les nouveaux défis et les particularités que présente chaque territoire, dans le but de mieux saisir leurs convergences, disparités et interactions eues égard aux bouleversements qui traversent actuellement le milieu littéraire aussi bien à l’échelle européenne qu’internationale, redessinant à la fois les pratiques et les rôles de chaque acteur. En second lieu, les tables rondes, ouvertes par une allocution de Madame Sam Tanson ministre de la Culture du Grand-Duché de Luxembourg, offraient une mise en perspective des différents regards des professionnels et autres acteurs du monde du livre en s’interrogeant notamment sur le rôle des bibliothèques dans la constitution du patrimoine littéraire contemporain, le statut de l’auteur ( sa précarisation sa professionnalisation), les actions et dispositifs que déploient les libraires pour conquérir et fidéliser leur public, ou encore le rôle et les stratégies qui permettent au monde de l’édition d’exister sur un territoire.

Deux territoires aux enjeux convergents

Jo Kox, président du Fonds culturel national (Focuna) et premier conseiller du ministère de la Culture du Grand-Duché de Luxembourg
Christelle Creff, directrice régionale des affaires culturelles Grand Est (Strasbourg, France)

Au cours de son intervention, Jo Kox, président du Fonds culturel national (Focuna) et premier conseiller du ministère de la Culture du Grand-Duché de Luxembourg, rappelait le dynamisme et le renouveau qui investissent actuellement la vie culturelle luxembourgeoise dont l’organisation tend à être repensée suite à une consultation des différents acteurs culturels longue de plus de trois ans. Entamée à Bourglinster en 2016 avec des ateliers sectoriels, la tenue des 1 ères Assises culturelles en juillet 2016, ou encore l’organisation d’Ateliers du jeudi, cette consultation visait à mieux cerner les besoins et objectifs de la filière du livre luxembourgeoise et a donné lieu à la rédaction d’un plan de développement culturel dont la mise en œuvre débute progressivement. La création d’un organe financièrement et politiquement indépendant, le Luxembourg Arts Council, devrait quant à elle permettre d’allouer des subventions et bourses à la création artistique dans son ensemble tout en s’attachant à sa promotion et au soutien de la culture luxembourgeoise à l’international.

Christelle Creff, directrice régionale des affaires culturelles Grand Est (Strasbourg, France) soulignait l’importance des enjeux transfrontalier tant pour le Luxembourg que pour la région Grand Est, qui bénéficie d’une situation géographique unique ouverte sur ces quatre pays que sont le Luxembourg, la Belgique, l’Allemagne et la Suisse. Consciente de cet atout la Drac Grand Est perçoit le livre comme un vecteur culturel capable de favoriser les échanges et rapprocher les nations tout en dépassant les antagonismes. En s’associant aux opérateurs nationaux et en multipliant ses actions pour développer l’accès à la Culture et aux livres tout en apportant son soutien aux industries culturelles, elle facilite également la mise en réseau et s’inscrit dans une politique nationale de renforcement de la filière du livre.

Un Observatoire du milieu littéraire franco-luxembourgeois (Obslit) : création et sciences sociales 

Carole Bisenius-Penin, responsable scientifique du programme Obslit, Université de Lorraine, Crem (France)
Jeanne E. Glesener, Université du Luxembourg, Ipse

Le programme Obslit vise à étudier les relations et médiations qui se nouent entre les différents systèmes et aires culturelles. Afin d’engager un véritable dialogue entre arts et sciences humaines et sociales et assurer une double visibilité aussi bien nationale que transfrontalière de la littérature française luxembourgeoise, tout en favorisant la circulation des savoirs et les interactions, l’observatoire cherche à constituer un réseau pluridisciplinaire en fédérant chercheurs, professionnels du monde du livre et grand public. L’idée est d’inventorier les différentes pratiques et politiques culturelles mises en œuvre en France et au Luxembourg en s’appuyant sur trois axes de recherche : le monde du livre, le milieu littéraire au prisme de l’institution scolaire et la littérature hors du livre.

 

Défis et dynamisme du champ littéraire multilingue au Luxembourg

Claude D. Conter, directeur du Centre national de littérature (CNL, Mersch, Luxembourg)

C’est à l’orée des années 80 que les premières maisons d’édition voient le jour au Luxembourg, construisant un marché qui connaît un véritable essor en 2010 grâce au concours et l’effervescence d’événements, festivals, et manifestations annuelles largement relayées par les médias, contribuant ainsi à accroître la valorisation et la visibilité de la littérature et de ses pratiques. En leur cœur, la pratique de l’écriture créative est fortement encouragée auprès des jeunes, suscitant de nouvelles vocations dont les centres culturels et bibliothèques se font le relais en animant des ateliers et en participant à la découverte de nouveaux talents.

Si ces derniers font souvent le choix de s’exprimer en langue étrangère notamment l’anglais, prisé pour son caractère international et dynamique, ce n’est pas nécessairement le cas de leurs aînés. En ce sens, la traduction apparaît comme un des enjeux majeurs du développement des éditions luxembourgeoises afin d’assurer une meilleure connaissance visibilité de ses auteurs. Alors qu’un best-seller représente environ 1000 unités écoulées, le Luxembourg compte chaque année environ 160 nouvelles publications. Si l’équilibre reste précaire, l’intérêt reste fort pour l’objet livre alors que les livres numériques semblent peiner à se développer.

État des lieux 2019 de l’économie du livre

Jean-Guy Boin, économiste et expert de la filière du livre (Paris, France)

En France, le monde du livre a d’abord connu une ascension de son chiffre d’affaires entre les années 90 et 2017 avant d’entamer une lente stagnation voire une érosion à partir de 2008. Grâce à la praticité de son format, le livre de poche a largement contribué à la démocratisation de la lecture et constitue encore aujourd’hui une part non négligeable du marché (17%). Les exportations représentent environ 23 % du marché. Si l’on observe une observe un accroissement des prix les lecteurs effectuent principalement leurs achats dans des commerces (librairie 22 %, grande surface et Fnac 25 %, commerce non spécialisé 19 %) ou sur Internet (20 %). L’importance de la langue française reste grande, elle constitue la deuxième langue la plus traduite au monde juste derrière l’anglais. 80 % des Français lisent au minimum un livre par an.

L’accompagnement de l’interprofession par les agences régionales du livre

Delphine Henry, déléguée générale de la Fédération du livre et de la lecture (Fill, Paris, France)

De nombreuses aides, bourses et subventions sont mises au service des acteurs du monde du livre. Des instances comme la fédération du livret de la lecture (FILL), le ministère de la Culture, le centre national du livre, les DRAC, ou encore la société des gens de lettres, s’évertuent à conseiller au mieux les différents protagonistes en leur fournissant un appui solide. Ces institutions contribuent à faire connaître les multiples maillons de la chaîne du livre, en favorisant la vie littéraire dans son ensemble, en produisant des ressources, en garantissant une actualisation constante de l’information tout en organisant des formations ou des journées professionnelles et d’études pour ne citer que ces quelques exemples.

Rôle des bibliothèques dans la constitution du patrimoine littéraire contemporain

Delphine Saurier, modératrice, Obslit, Audencia Business School (Nantes, France)
Monique Kieffer, directrice de la Bibliothèque nationale de Luxembourg (BnL)
Éric Dussert, coordinateur numérisation des imprimés, Bibliothèque nationale de France (BnF)
Claire Haquet, directrice de la bibliothèque Stanislas de Nancy (BiB – France)

Les bibliothécaires jouent un rôle primordial dans la patrimonialisation de la littérature.

Monique Kieffer, directrice de la Bibliothèque nationale de Luxembourg, rappelait l’importance du rôle des bibliothécaires, garant de la transmission de la conservation des imprimés, et souligner l’enjeu du numérique pour les années à venir. S’il s’agit d’un moment tout à fait nouveau, le numérique comme le mentionnait Éric Dussert, coordinateur de numérisation des imprimés à la Bibliothèque nationale de France, apparaît comme un outil privilégié pour endiguer la disparition de certains documents uniques témoignant d’une époque comme les tracts et affiches souvent diffusés à une modeste échelle avant de sombrer dans l’oubli. La numérisation progressive des bibliothèques demande des moyens, mais présente de nombreuses vertus. En effet elle permet aux bibliothécaires réinvestir leur catalogue sous de nouveaux jours en vue de retraiter certaines publications et poursuivre leur apprentissage, mais elle permet également de restituer à tous un patrimoine communiqué au plus grand nombre. Désormais, le dépôt légal est également valable pour les publications numériques, livres numériques périodiques hebdomadaires blogs et sites d’auteur ceci aux fins de ne pas délaisser ce support de plus en plus sollicité par les écrivains. Les bibliothécaires participent grandement à la valorisation de la littérature contemporaine. « Valoriser les auteurs contemporains, c’est favoriser la littérature en général » notait Monique Kieffer. Selon Claire Haquet, directrice de la bibliothèque Stanislas de Nancy, les bibliothèques sont également un haut-lieu de médiation qui favorise les rencontres, soutiennent la création littéraire en offrant leurs services et permettant de créer des liens qui participent à la création et l’émergence de l’auteur.

Statut de l’auteur

Précarisation/professionnalisation

Jeanne E. Glesener, modératrice, Obslit, Université du Luxembourg
Patrice Locmant, directeur général de la Société des gens de lettres (SGDL, Paris, France)
Nathalie Ronvaux, autrice (Luxembourg)
Delphine Henry, déléguée générale de la Fédération du livre et de la lecture (Fill, Paris, France)

Aujourd’hui la situation actuelle de l’auteur reste précaire. Néanmoins, on observe un contexte de revendication de bouleversements forts notamment avec l’émergence des hashtags paye en auteur et auteur en colère sur les réseaux sociaux ou encore la constitution de la de la ligue des auteurs. Beaucoup d’auteurs gagnent moins du smic et sans forcer de cumuler différentes professions pour subsister et se consacrer à l’écriture. Souvent assimilés salariés ou travailleurs indépendants, les auteurs ne bénéficient pas d’un réel statut. L’auteur touche environ 800 € par an. Les institutions cherchent à mieux comprendre la situation des auteurs pour mieux les accompagner et les informer. Des formations sont mises en place pour accroître la professionnalisation des auteurs, des conseils sont prodigués sur le plan juridique, et des ressources sont mises en place pour mieux aiguiller l’auteur dans ses démarches.

Librairie et publics

Quelles actions et quels dispositifs ?

Carole Bisenius-Penin, modératrice, responsable scientifique du programme Obslit, Université de Lorraine, Crem (France)
Anne-Marie Carlier, Librairie Autour du monde (Metz, France)
Olivier Schillen et Raphaël Genet, Librairie Ernster (Luxembourg)
Colette Gravier, Direction régionale des affaires culturelles Grand Est (Metz, France)

Les librairies, à la fois acteurs du champ culturel et commerce de proximité, elles sont le lieu de rencontre autour du livre, mais aussi lieu de défis économiques. Le taux de rentabilité est faible situé autour de 0,3 %. Chaque libraire possède sa propre perception du métier, et opte pour des stratégies qui lui permettent de s’ancrer sur un territoire. C’est le cas d’Anne Marie Carlier pour qui il s’agit avant tout d’une « alchimie » ou encore d’Olivier Schillen et Raphaël Genet qui se considèrent avant tout comme des passeurs tandis que les ministères se soucient surtout de leurs répartitions et s’attachent aux aspects juridiques qui entourent ces commerces, n’hésitant pas à soutenir au mieux ces derniers en leur accordant des aides et en leur prodiguant leurs conseils.

La médiation réside au cœur des activités du libraire, ce qui lui permet d’échanger avec ses publics, mais surtout d’instaurer une relation de confiance pérenne avec sa clientèle. La visibilité est un enjeu important pour les librairies afin de transmettre le goût du livre. Ils n’hésitent donc pas à se rendre à des manifestations ou encore à investir des dispositifs comme celui du blog, qui leur permet de partager aux lecteurs actualités et coups de cœur.

Monde de l’édition

Comment exister sur un territoire ?

Ian de Toffoli, modérateur, Obslit, Université du Luxembourg
Marc Binsfeld, Éditions Guy Binsfeld (Luxembourg)
Bruno Doucey, Éditions Bruno Doucey (Paris, France)
Jean-Guy Boin, ex-directeur général du Bureau international de l’édition française (Bief)

Quant au monde de l’édition, il a pour mission d’« entourer d’autres fils, ce fil fragile qu’est l’écriture, pour créer une corde rattachant les continents les êtres, les générations, les cultures et les langues » comme le soulignait Bruno Doucey, poète et éditeur. « L’éditeur doit être un élément démultiplicateur », chaque maison d’édition se construit dans la différence et défend une ligne spécifique qui résonne avec ses convictions et sa conception de ce qu’est l’édition et plus largement la littérature. Certaines choisissent de se spécialiser d’autres visent un public plus diversifié, mais tous anticipent.